Ces grossesses non respectées…parlons-en !

On parle souvent d’accouchements et de naissances non respectés. Ma doula fait d’ailleurs partie d’un projet intitulé « Mon corps, mon bébé, mon accouchement » avec un défi de 1 000 témoignages d’accouchements non respectés en 1 an. Vif succès pour ce mouvement international avec beaucoup de témoignages poignants, parfois difficiles à lire. Je n’ai jamais eu le courage de relater les miens alors que je suis certaine que cela m’aurait fait énormément de bien de mettre des mots sur mon vécu.

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Cependant, on parle très peu des grossesses non respectées

Qu’est-ce que j’entends par grossesse non respectée ? Souvent ce sont des grossesses dites pathologiques, à risque, des MAP (menace d’accouchement prématuré). Ce sont ces grossesses qui ne se passent pas comme dans nos rêves, ni comme dans les livres ou dans les magazines, celles dont on parle assez peu.

Et pourtant ces grossesses vous marquent pour la vie, laissent des traces à vie sur les enfants alors on devrait être très attentif aux soins et à l’écoute apportés aux mamans qui vivent cela.

C’est durant la période intra-utérine que se construisent les toutes premières empreintes qui influenceront l’équilibre affectif de l’enfant, sa confiance, son élan de vie et la qualité de sa relation avec ses parents. (Vivre et transmettre le meilleur pendant sa grossesse, de l’importance de la vie intra utérine dans l’épanouissement de l’enfant, Sophie METTEY)

Mais comment faire de ces 9 mois une période zen quand tout dérape ?

J’ai vécu deux grossesses pathologiques, très médicalisées. Je suis passée du statut de « future maman » à celui de « mappeuse », maman avec une MAP (menace d’accouchement prématuré) et là tout a basculé. J’ai découvert ce que pouvait être une grossesse pas comme les autres.

Le récit  de ma  première grossesse

A 23 ans je ne m’attendais pas du tout à çà, je n’étais pas préparée. C’était ma première grossesse, celle dont on a déjà imaginé le déroulement depuis des années, celle qui nous fait rêver. On s’identifie aux futures mamans qui font la une des magazines et on s’imagine se balader avec un joli ventre tout rond dans de beaux habits de grossesse.

Et puis un jour je me suis retrouvée aux urgences, des douleurs dans le bas ventre, on m’a fait attendre de longues heures sur un brancard, dans un couloir puis dans un box…je me suis mise à saigner….je croyais que tout est fini. On finit par me passer une écho et son petit coeur battait, je n’en croyais pas mes yeux. J’étais tellement soulagée ! Il s’agissait d’un décollement du placenta mais on ne nous a rien expliqué, on devait m’hospitaliser et finalement aucun gynéco ne passera et on me renverra chez moi avec 3 semaines d’arrêt de travail.

Fin du 4ème mois, j’ai commencé à avoir des contractions. On m’a hospitalisé 1 semaine : hydramnios (excès de liquide amniotique) et contractions +++ Et c’est le début de l’alitement avec une sage-femme à domicile. Je tenais un agenda de ma grossesse et je n’ai plus aucune note à partir de ce moment-là. Tout est dans ma tête, gravé à jamais.

J’ai alterné stages à l’hôpital, retours à la maison puis un jour je ne suis plus revenue jusqu’à la naissance de mon fils. Je devais prendre des cachets  qui me rendaient malade,  on me faisait des monitos à gogo…et le pire de tout : j’avais interdiction de toucher mon ventre ! oui vous avez bien lu…un jour d’ailleurs une sage-femme est rentrée dans la chambre et m’a vu entrain de caresser mon ventre et là je me suis fais incendier car dans mon état il était hors de question de faire ça ! Puis plus tard, j’ai passé une écho et là on m’a dit que je n’avais pratiquement plus de liquide amniotique. J’avais fissuré la poche sans m’en rendre compte. Et là on m’a tout simplement dit que je devais accoucher de suite, j’étais à 34 SA.

Quoi là tout de suite ?! Mais je ne suis pas prête, ce n’est pas le moment ! Je n’ai même pas pu faire de préparation à l’accouchement ! Et bien tu vas te débrouiller comme une grande…

Mais à quoi va ressembler mon bébé, et puis d’abord c’est quoi un bébé prématuré ? Combien va-t-il peser, mesurer ? Mais parlez-moi, informez-moi, j’ai besoin de savoir, j’ai peur, tout mon corps tremble. J’ai tremblé pendant 8 heures…les plus longues heures de toute ma vie, ma plus grande angoisse, la peur de perdre mon bébé. Léo, mon fantastique, est né, j’ai eu à peine le temps de le voir qu’on me l’a enlevé et je ne l’ai revu que le lendemain dans sa bulle chauffée qui remplaçait mon cocon douillet.

Le récit de ma deuxième grossesse non-respectée

7 ans après...

Il a fallu 7 ans pour nous remettre de cette grossesse et de cette naissance prématurée. Pour cette deuxième grossesse, j’espérais bien sûr qu’elle soit différente mais je m’étais conditionnée psychologiquement à être alitée à nouveau avec objectif de tenir le plus longtemps possible.

Malgré tout, le corps médical m’avait cataloguée grossesse à risque, une étiquette difficile à enlever. Bien sûr j’avais des contractions comme toujours mais mon col restait bien fermé. Ma gynéco a quand même décidé en prévention de me faire des injections de cortisone (qui permettent de développer les poumons du bébé en cas d’accouchement préma). Le soir même je partais en pleine nuit à la Clinique suite à des contractions très fortes et rapprochées. J’ai failli accoucher, on m’a fait des perfusions et je n’ai pas pu rentrer chez moi. C’était le début du 7ème mois. J’ai beaucoup pleuré en pensant à mon fils qui allait se réveiller le lendemain et qui ne verrait plus sa maman…

Et là l’enfer médical a commencé. J’ai dû bien sûr prendre à nouveau des cachets pour diminuer les contractions et je détestait devoir les prendre, ces médicaments dont je ne connais pas l’effet sur mon bébé et dont il ne fallait surtout pas lire la notice !

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J’ai gardé quelques notes de mon séjour à l’hôpital…

« Ce que je déteste c’est les monitos qui me donnent beaucoup de contractions alors qu’on fait tout pour me les stopper. Certaines sage-femmes s’acharnent et quand on n’a pas bien capté le bébé, elles veulent en faire un deuxième. Là je rage ! »

« Jeudi 18 novembre 2010 : le petit déjeuner est servi à 7h50 et alors que je dégustais ma tartine de pain avec du beurre et de la confiture, une sage-femme se rapplique avec le monito ! Ah je rage…son excuse c’est qu’elle a une grosse journée aujourd’hui et qu’on est toutes en train de prendre son ptit déj…ouais c’est ça, c’est surtout que la dernière fois je l’ai énervée alors elle se venge ! »

« Lundi 22 novembre 2010 : j’ai mal dormi cette nuit et là on vient me réveiller à 7h30 pour le monito. Ca me saoule…comment me mettre de mauvaise humeur ! déjà qu’hier on m’en a fait deux au lieu d’un à cause des pertes de signal… »

Voilà ce que j’ai subi pendant 1 mois, un véritable acharnement, une souffrance physique et psychologique, une rage que j’ai encore du mal  à évacuer. Je savais que mon bébé allait bien, je le savais au plus profond de moi-même. Pourquoi ne pas m’avoir écoutée ? Pourquoi personne n’a réagi quand j’ai demandé à espacer ces p….de monitos ! On a catégoriquement refusé en disant : « C’est la procédure ». Point final.

Outre le fait que les monitos me donnaient encore plus de contractions et me faisaient prendre encore plus de cachets, le fait de m’en faire au réveil avant même que je déjeune ou encore le fait de ne pas pouvoir terminer mon petit-déjeuner peut paraître sans importance mais cela en avait vraiment à ce moment-là. J’avais juste besoin d’être respectée, d’être écoutée.  Après la colère, l’incompréhension puis les pleurs. Voilà ce que j’ai vécu tous les jours et plusieurs fois par jour.

Finalement au bout de 15 jours d’hospitalisation, on m’a fait un test du col pour voir si j’étais en M.A.P., savoir si le col était en travail et le résultat était négatif ! Donc oui j’avais bien des contractions mais elles n’agissaient pas ! Je devais donc sortir le jeudi 25 novembre. Nous avions prévenu Léo de la bonne nouvelle, nous allions enfin pouvoir nous retrouver tous les trois. Mais ma gynéco a encore voulu prendre des précautions et a eu la bonne idée de me faire un rappel d’injection de cortisone car les premières piqûres ne faisaient plus d’effet, toujours au cas où j’accouche prématurément…

« Vers 18h j’ai commencé à sentir des contractions rapprochées et de plus en plus fortes. Vers 23h c’était toutes les 5 voire 3 minutes donc j’ai alerté la sage-femme de nuit. Malgré des cachets, pas moyen de calmer ces contractions donc ils m’ont remis sous perf pour la deuxième fois vers 1h30 du mat. Voilà c’est parti pour 48h donc on oublie la sortie ».

J’ai fait le lien entre ces deux crises et les injections mais personne n’a voulu l’entendre. J’ai appris plus tard que certaines personnes ne supportent pas les injections et la cortisone est très excitante d’où les contractions +++.

J’ai donc passé 1 mois à la Clinique parce que j’étais considérée comme une grossesse à risque du fait de ma première grossesse et de mon accouchement prématuré. On a voulu prendre des précautions au cas où et on a foutu en l’air ma grossesse. Au retour à la maison, je suis restée allongée quasi 24h sur 24h. J’ai tenu bon, jusqu’à 3 semaines du terme et devinez quoi ? on a fini par me déclencher ! non, non vous ne rêvez pas…

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Toutes ces journées passées allongée dans un lit ou sur le canapé entre 4 murs, ces émissions télé que je ne supportais  plus, ces livres que je tentais de lire mais qui me pesaient tellement sur les bras.

Toutes ces heures, minutes, secondes à cogiter. Tous ces jours que je cochais en me disant « un jour de plus ».

Ces repas que je passais à moitié couchée sans pouvoir digérer, ces muscles que j’ai perdus, ces mollets qui ressemblaient à mes bras, ces bas de contention que je ne pouvais pas enfiler seule et que je ne supportais plus.

Ces vêtements que je n’ai jamais pu porter, ce ventre que je n’ai jamais pu balader.

Le pire…ces moments où je n’ai pas pu m’occuper de mon fils. Lui, bien sûr, me faisait colères sur colères, et moi de mon canapé, je me sentais plus qu’impuissante.

Que de souvenirs douloureux encore à ce jour…de la colère aussi envers le monde médical, ce monde médical devant lequel je n’ai pas su m’imposer parce que je pensais qu’ils avaient la science infuse, qu’ils savaient mieux que moi ce qui était bon pour moi et mon bébé. Or, qui de mieux qu’une maman peut sentir ce qui est mieux pour elle et son bébé ?

Une troisième grossesse pas comme les autres ?

Pour cette troisième grossesse, j’avais donc décidé de tout faire autrement. Hors de question de revivre tout ça. J’ai contacté une sage-femme libérale, une doula, j’ai fait de l’hypnose pré-natale pour effacer de mon corps les souffrances vécues auparavant. Tout se passait bien jusqu’à l’écho du 5ème mois.

Nous rentrons dans un cabinet, une femme d’un certain âge nous reçoit. Je lui raconte mes deux grossesses précédentes. Elle démarre l’écho. Tout va bien, bébé a de bonnes dimensions, grossit bien…oui mais voilà il y a trop de liquide amniotique mais surtout l’estomac de notre bébé ne se remplit pas. Elle attends, va revenir plusieurs fois sur cet estomac, on voit qu’elle commence à s’inquiéter…Puis elle prend la mesure de mon col, col assez court. Et elle répète : beaucoup de liquide…

Et là elle me dit qu’avec mes grossesses précédentes, il vaut mieux aller faire un diagnostic anté-natal dans un grand hôpital. Oui parce que vous comprenez vous faites partie des grossesses à risque…

Quoi ? c’est une plaisanterie ? pour une fois que j’allais à une écho sans stress, pour une fois que je me disais que tout allait bien, que je n’avais pas de contractions…Je sens les larmes qui montent, je les retiens. Je regarde mon homme et je vois son visage se décomposer… On pose des questions, mais là encore tout est flou. Mais que va-t-on me faire ? mais pourquoi ? que cherche-t-on ? pas vraiment de réponse.

Je finis par  comprendre qu’on recherche une malformation

Et là tout bascule à nouveau. Tous mes souvenirs resurgissent, j’ai l’angoisse qui monte, il faut que je sorte de cet endroit, de ce cabinet. Cette personne m’envoie tout son stress de plein fouet, je ne peux pas l’encaisser. Elle nous dit qu’elle prend RDV pour nous et nous rappelle le lendemain.

Ca y est je suis entre les mains du monde médical à nouveau. Ma sage-femme libérale est à l’autre bout du monde, n’est pas là pour me soutenir. J’informe ma doula qui tente de me rassurer. Le lendemain, j’envoie un mail à ma sage-femme qui me répondra le jour même et me donnera toutes les explications que j’attendais.

Pourquoi les choses se répètent ? Peut-être parce que cette fois il faut que je fasse autrement, peut-être que la vie m’envoie un nouveau défi à relever pour ne pas reproduire les erreurs faites lors de mes deux précédentes grossesses : ne plus dire amen au monde médical, ne pas me laisser faire, savoir dire non, être sûre de mes choix, de ce que je veux et de ce que je ne veux pas.

Le défi commence demain. Je suis prête.

JE NE SUIS PAS UN UTERUS AMBULANT

JE SUIS UNE FUTURE MAMAN QUI A BESOIN D’ETRE RESPECTEE DANS SES CHOIX ET SES ENVIES.

JE VEUX QUE MA GROSSESSE ET QUE MON CORPS SOIENT RESPECTES, tout simplement.

 

 

4 réflexions sur “Ces grossesses non respectées…parlons-en !

  1. Bonsoir, nous avons des similitudes, j’ai connu les 4 murs, la fenètre en face de mon lit durant des mois, un régime pour ne pas avoir du diabete , de la tension ou autre, le souvenir est toujours là, … Est il possible d’en savoir plus sur l’hypnose ? Merci , de tout coeur avec vous.

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    • Bonjour Elise,
      je vois que vous avez bien galéré aussi ! je fais faire un article sur l’hypnose pour que vous en sachiez plus 😉 merci pour votre petit mot en tout cas et à bientôt ! Mélanie

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  2. 2 grossesses, 2 map, séjours à l’hopital avec perf pendant 48h puis cachets, piqures pour la maturation des poumons, alitements pendant respectivement 3 mois et 2 mois, etc… Bref, je ne peux que comprendre ce que tu dis. Les monitos qui faisaient contracter +++… ma hantise. Je les haïssais aussi. Ils me faisaient peur 😦 Bref, j’espère que tu vas pouvoir te faire entendre et que tu vas réussir à faire respecter tes choix et tes besoins. On ne devrait pas avoir besoin de se battre pour cela… Je t’envoie tout mon courage!

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  3. Pingback: Projet de naissance et roue de la naissance #Spécial SMAR (semaine mondiale pour l’accouchement respecté) | Ma Vie de Special Mother

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